Les postes de garde étaient de larges bâtiments de pierres grises anguleux, rectangulaires, construits le long du fleuve Ethel. Devant s’étendait un unique pont de pierre traversant le large cours d’eau. Principalement empruntés par les factions de soldats lors de leurs rondes quotidiennes, ces ponts servaient également d’entonnoirs stratégiques de par l’étroitesse de leur architecture. Quiconque souhaitait s’introduire sur le territoire était forcé d’emprunter un pareil pont afin de traverser le profond cours d’eau.
Au bout du pont, le poste de garde s’élevait fièrement, massif et robuste, avec pour seule entrée une large herse bardée de pointes d’acier. Deux gardes postés à bonne distance derrière la grille procédaient à un court interrogatoire avant de laisser entrer les visiteurs. La traversée du camp intérieur s’effectuait sous escorte. Les invités de marque en visite dans le royaume étaient autorisés à dormir sur place, dans des quartiers décorés spécialement pour l’occasion, si besoin. Les autres visiteurs étaient accompagnés jusqu’à la sortie du camp, au prix de deux pièces d’or chacun : une pour Lihrím, l’autre pour ses vaillants défenseurs.
La traversée du camp se faisait en plusieurs étapes :
- La fouille : L’on fouillait scrupuleusement les affaires des visiteurs afin de s’assurer qu’ils n’entrent pas avec des biens volés, dangereux ou interdits. Tout signe religieux autre que ceux de Lihrim étaient immédiatement détruits et son porteur “converti”.
- L’interrogatoire : L’on posait diverses questions, parfois plusieurs fois les mêmes afin de s’assurer des réelles intentions du visiteur:
- Déclinez votre identité.
- Votre profession.
- Avez-vous déjà tué quelqu’un ?
- Que venez-vous faire en Adelnas ?
- Avez-vous déjà entendu parler de la Colombe de Feu ?
- Connaissez-vous un membre de la Colombe de Feu ?
- Avez-vous déjà aidé des hérétiques à fuir le royaume ?
- Quel dieu adorez-vous ?
- La reconnaissance : L’on passait en revue les avis de recherche en cours afin de s’assurer que nul félon ne pénètre dans le royaume.
- La purge : L’on tentait de déterminer si le visiteur était un détenteur de magie. Le cas échéant, le garde en charge de l’interrogatoire décidait de la façon de le traiter :
- Interdire l’accès
- Autoriser l’accès sous condition de porter des menottes de mages (comme des moufles mais en cotte de maille, reliées par des chaînes).
- Autoriser l’accès sous condition de confier la responsabilité du magicien à un accompagnant. L’utilisation de la magie vaudra aux deux individus d’être exécutés.
La cour intérieure du camp était en fait un très large couloir à ciel ouvert qui s’étendait sur plusieurs dizaines de mètres. De chaque côté se succédaient de lourdes portes de bois clouté surplombées du symbole de Lihrím : une flèche plantée dans la terre, supportant deux coupes à égale hauteur. Depuis certaines de ces portes s’élevaient des râles terribles, parfois traduisant la terreur, ou même une intense douleur. A mi-chemin, la voix d’un jeune homme s’élève soudain, suppliant “non ! non! pitié, n…” interrompue par le bruit reconnaissable de l’acier.