
Voilà plus de deux millénaires, le tout Cicerion était en proie aux conflits. L’un de ces conflits était une guerre particulièrement dévastatrice opposant les royaumes Humains de l’Anthas, l’Herecen et l’Adelnas, à leurs voisins Orques du Shaggor dont ils briguaient le territoire. Cette guerre serait plus tard baptisée la Grande Rupture.
Le Conclave #
Devant la résilience et la puissance des peaux-vertes, le roi d’Herecen fit mander une poignée des plus puissants mages du monde pour leur confier une mission périlleuse : mettre au point un sortilège capable d’anéantir l’armée du peuple barbare et assurer une victoire écrasante aux Humains. Le conclave des mages se mit au travail.
Des années durant, ils arpentèrent les routes de Cicerion, voguèrent par delà les eaux périlleuses de l’Océan des Hasards et de la Mer du Renouveau et gravirent les pics escarpés des Hauts de Hrim, de la Cisaille et de l’Askor. Il rencontrèrent les mages éternels de l’Arbre du Temps, ainsi que ceux du Phare des Arcanes. Négocièrent avec les druides aquatiques du Peuple des Mers et les aéromanciens de l’Empire volant Shory pour découvrir leurs secrets les plus anciens. Mais rien de ce qu’ils découvrirent ne leur parut suffisamment puissant pour permettre de “sauver” leur peuple.
Puis un jour, alors qu’ils se risquaient au cœur des galeries insondables de l’est de l’Anthas, ils découvrirent les vestiges d’un peuple très ancien, longtemps disparu, qui semblait vouer un culte à un puissant demi-dieu de la terreur : Ramaalgok. Pour les mages à bout de force, cette puissante entité représentait leur meilleure chance d’accomplir leur mission. Les rares écrits et peintures laissés par les cultistes laissaient entrevoir un moyen de l’invoquer sur le plan matériel.
Leur plan semblait leur tomber tout prêt entre les mains. Les magicien du conclave, qui se targuaient alors de compter parmi les êtres les plus érudits et les plus sages du monde des vivants, mirent au point un sortilège capable d’appeler à eux la puissance de la créature, afin de renforcer leur propre magie profane. L’un des membres du conclave, toutefois, refusa de prendre part à cette entreprise. Cette sorcière, une elfe noire du Niléem du nom de Marith Perle-Noire, vit dans la soif soudaine de ses confrères pour la puissance divine d’un demi-dieu de la terreur le premier signe annonciateur d’un affreux cataclysme.
Le Cercle de l’Ordre #
Malgré ses plaidoyers, malgré ses suppliques et ses menaces, Perle-Noire ne put convaincre personne de l’absurdité de ce nouveau projet. Le groupe, aveuglé par l’orgueil et les rêves de renommée, semblait s’être persuadé de pouvoir contenir l’infinie puissance que promettait Ramaalgok. Désespérée, Márith dût se résoudre à les abandonner à leurs pratique et se mit à la recherche d’une solution de secours. Si l’entreprise de ses confrères venait à causer le désastre qu’elle avait entrevu, elle devrait être en mesure de protéger le Cicerion de leur folie.
L’elfe noire était née d’une famille vénérant la grande déesse de la Vie et de la Mort, Nyl-Pharas. De cette dernière s’élevait une énergie aussi puissante et inconstante que les âmes des vivants : la magie des âmes. Certains parmi les plus fidèles de la déesse avaient, au fil des siècles, élaboré des sortilèges complexes capables de puiser dans cette magie. Mais l’exercice était ardu ; les âmes des vivants étaient imprévisibles et changeantes, capables du pire comme du meilleur. Si bien que les troubles engendrés par les actes les plus terribles fragilisaient peu à peu la stabilité de cette magie. Pour cette raison, la Magie des Âmes n’avait jamais été enseignée dans les académies, ni consignée dans dans aucun recueil ni grimoire.
Jusqu’alors, Márith avait toujours refusé de faire appel à cette forme de maîtrise. Mais devant l’urgence de la situation, ce choix ne lui appartenait plus. Elle reprit contact avec huit individus soigneusement choisis parmi les peuples rencontrés au cours des voyages du conclave, et les invita à la rejoindre pour une incantation visant à détruire une créature divine. Certains de ces hommes et de ces femmes n’avaient aucune affinité avec une quelconque forme de magie. Certains n’étaient pas particulièrement loyaux ou bienveillants. Mais cette diversité n’était pas un frein au yeux de la sorcière. Au contraire, elle s’était assurée de composer un groupe suffisamment différent pour que son sortilège puisse se baser sur un équilibre parfait. Elle nommerait plus tard ce groupe le Cercle de l’Équilibre (plus tard traduit à tort en Cercle de l’Ordre).
Le jour du désastre #
Ce jour-là promettait de devenir le jour le plus meurtrier de l’histoire de l’Hermara. Suite à une percée dans les défenses du Shaggor, les armées Humaines parvinrent jusqu’à une ville fortifiée au cœur de la région et en prirent possession. Les troupes Orques s’étaient amassées dans leur direction de façon à les encercler totalement. Les Hommes étaient faits comme des rats.
Il était temps pour le Conclave de commencer le rituel encore imparfait sur lequel ils avaient tant travaillé. Lorsqu’ils eurent achevé leur rituel, une chose bien plus terrible se produisit : le monstre sortit de son sommeil réparateur. Tandis qu’ils aspiraient les premières onces de son pouvoir, ils sentirent tous une présence insoutenable s’insinuer en eux à la manière d’une lame dentelée, déchiquetant toutes leurs défenses sur son passage et ne laissant derrière elle que visions insoutenables de tortures passées, présentes et futures. Bien vite, la créature eut raison de leurs protections, physiques comme mentales, et dévora leurs esprits dans une cacophonie de hurlements d’agonie, bientôt étouffés et suivis par de faibles gémissements involontaires, seuls sons que seraient à jamais capables de produire les cadavres palpitants des mages du Conclave. Ils ne furent pas seulement rendus fous, cette nuit-là. Leurs esprits rejoignirent ceux des innombrables victimes de la créature, condamnées à revivre l’instant de leur mort pour l’éternité dans le plan des Ombres.
Sur le champ de bataille, les combattants humains d’Herecen, des paladins qui comptaient parmi les plus fervents de la grande déesse Ardma, tentèrent de faire appel à la puissance de leur idole afin qu’elle châtie de sa lumière divine le monstre qui happait les âmes des vivants sur son passage. La déesse répondit à leurs prières et fit couler en eux son courage et sa bienveillance. Mais lorsque vint le temps de frapper Ramaalgok, ce dernier s’insinua en eux sans distinction et pervertit la déesse au point de la rendre folle à son tour.
Ardma fut détruite et la plupart de ses disciples en Cicerion perdirent l’esprit. Parmi les survivants, une valeureuse paladine du nom de Samrah qui s’était déjà distinguée pour avoir mené les armées d’Herecen à plusieurs victoires contre les forces du Tyran-de-Fer, ordonna à sa garnison de partir en direction des villages orques alentour pour les prévenir du danger.
L’Héritage du Cercle #
Ce jour-là, Perle-Noire et ses alliés entreprirent de lancer leur sortilège. Mais devant la puissance du Tourmenteur, tout juste éveillé, il devint évident que même la Magie des Âmes ne suffirait pas à l’anéantir. Ramaalgok était immortel. Dans un ultime effort, ils parvinrent à bannir la créature du plan matériel et à l’enfermer dans le plan des Ombres. La puissance d’un cercle de neuf membres permettait de maintenir leur sortilège en place pendant des siècles, mais la créature finirait inévitablement par se libérer de ses chaînes pour revenir finir ce qu’elle avait commencé en Cicerion…
Déterminés, mais épuisés, le Cercle de l’Ordre prit la décision unanime d’offrir au monde une chance de survivre à la catastrophe d’un retour du Tourmenteur. Ils enfermèrent ce qui leur restait de forces dans neuf masques uniques dont ils confièrent la charge à leurs fidèles respectifs : les masques de Charbon, d’Électrum, de Chair, de Porcelaine, d’Écailles, de Vide, d’Adamant, de Glace et d’Écorce.